Les prénoms des années 30 : quand un garçon sur neuf s'appelait Jean
Marie régnait sans partage, les Yvette et Paulette remplissaient les cours d'école, et un prénom pouvait couvrir un dixième d'une génération. Retour dans les registres des années 1930, où dorment des prénoms qui reviennent aujourd'hui.
Une cour d'école, en 1935. La maîtresse appelle « Jean » : trois têtes se lèvent. Elle appelle « Marie » : quatre. Les années 30 sont l'exact opposé de notre époque : là où les parents d'aujourd'hui cherchent le prénom que personne n'a, ceux d'hier choisissaient massivement les mêmes, et personne n'y voyait de problème. Les chiffres, reconstitués à partir du fichier des prénoms de l'INSEE, n'ont plus aucun équivalent aujourd'hui.
Le classement de la décennie
Voici les prénoms les plus donnés en France entre 1930 et 1939, avec la part moyenne des naissances qu'ils représentaient chaque année :
Filles
- Marie ~8,2 % des filles chaque année
- Monique ~3,8 %
- Jacqueline ~3,6 %
- Yvette ~2,3 %
- Denise ~2,2 %
- Jeanne ~2,1 %
- Paulette ~1,9 %
- Christiane ~1,9 %
- Simone ~1,8 %
- Colette ~1,8 %
- Nicole ~1,8 %
- Madeleine ~1,6 %
Garçons
- Jean ~11,4 % des garçons chaque année
- Michel ~5,1 %
- André ~4,8 %
- Pierre ~4,8 %
- Claude ~4,1 %
- Jacques ~3,6 %
- René ~3,5 %
- Roger ~3,2 %
- Robert ~2,9 %
- Bernard ~2,8 %
- Marcel ~2,7 %
- Georges ~2,3 %
Jean, à lui seul, représentait plus de 11 % des naissances de garçons. Aujourd'hui, le n°1 dépasse à peine 1,5 %.
Ce que ces chiffres racontent
Marie, un monde en soi
Environ 8 % des filles recevaient Marie en premier prénom, et c'est sans compter les innombrables Marie en deuxième position, héritage de la tradition catholique. Marie est le prénom le plus donné de toute l'histoire de France, et les années 30 sont l'une de ses dernières décennies de règne absolu.
La vague des « -ette »
Yvette, Paulette, Odette, Colette, Georgette, Huguette : les années 30 sont l'âge d'or des diminutifs en « -ette », une façon de moderniser des prénoms classiques en les rendant plus tendres. C'est le marqueur sonore de la décennie : entendre « Paulette », c'est entendre 1935. Presque tous ont aujourd'hui disparu des registres, Yvette ne compte plus qu'une poignée de naissances par an.
Monique, Jacqueline, Nicole : les « modernes » de l'époque
On l'oublie, mais Monique et Jacqueline furent des prénoms tendance, la nouveauté qui montait, portée par une génération de parents voulant se démarquer des Jeanne et Marguerite de leurs propres mères. Le cycle de la mode des prénoms ne date pas d'hier : chaque génération invente ses « prénoms de rupture », qui deviendront les prénoms de grands-parents de la suivante.
Et chez les garçons, l'immobilité
Jean, Pierre, André, René, Marcel : le vestiaire masculin bouge beaucoup moins vite que le féminin, un phénomène que les démographes observent à toutes les époques. Une exception : Michel, déjà deuxième dans les années 30, qui prépare son explosion, il deviendra l'écrasant n°1 de la décennie suivante.
Ceux qui reviennent (et ceux qui dorment encore)
La mode des prénoms suit une règle bien connue : il faut environ trois générations, le temps que le prénom ne soit plus « celui de la grand-mère » mais « celui de l'aïeule », pour qu'un prénom redevienne désirable. Les années 30 sont donc précisément en train de revenir :
- Jeanne est déjà revenue en force : 26ᵉ prénom féminin en 2025, avec plus de 1 600 naissances.
- Marcel remonte nettement (107ᵉ, près de 600 naissances), tout comme Henri et Georges.
- Madeleine (113ᵉ) et Colette (331ᵉ) frémissent, Colette a été multipliée par plusieurs fois en dix ans.
- En revanche Monique, Yvette, Denise ou Roger dorment encore profondément : trop proches, trop « parents de nos parents ». Leur tour viendra, dans une ou deux décennies.
Pour un parent de 2026, c'est un vrai gisement : des prénoms au charme rétro, à l'orthographe évidente, dont certains restent encore rares. L'astuce est de viser ceux qui frémissent sans avoir explosé, et pour cela, il faut la courbe sous les yeux.
À retenir
- Années 30 : Jean (11 % des garçons) et Marie (8 % des filles) écrasent tout.
- La décennie des « -ette » : Yvette, Paulette, Odette, Colette…
- Monique et Jacqueline étaient les prénoms tendance de l'époque, la mode des prénoms est un éternel recommencement.
- Le retour est en cours : Jeanne, Marcel, Henri, Madeleine remontent déjà les classements.
Dans Son petit nom, chaque prénom porte sa courbe de popularité depuis 1900 : vous voyez d'un coup d'œil si un prénom des années 30 dort encore, frémit ou a déjà explosé, de quoi dénicher le charme rétro avant tout le monde.
Une note sur les sources
Les classements et pourcentages de cet article sont calculés à partir du fichier des prénoms de l'INSEE (naissances par prénom et par année depuis 1900), en moyennant la part des naissances de chaque prénom sur la décennie 1930-1939. Les rangs « 2025 » cités proviennent du même fichier, édition 2025. Chaque orthographe est comptée séparément par l'INSEE, voir notre article sur le classement des prénoms à l'oreille pour ce que cela change.
À lire ensuite : Les prénoms des années 40 · Le vrai classement des prénoms, à l'oreille